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Municipales 2026 à Strasbourg : Analyse d’une victoire camouflée de la macronie et d’une défaite de la gauche

Dimanche 22 mars 2026, les Strasbourgeoises et Strasbourgeois étaient appelé·e·s à trancher un second tour à haute tension. Trois projets de société s’affrontaient : la droite dure incarnée par Jean-Philippe Vetter (LR), une gauche sociale et de progrès portée par la liste d’union « Strasbourg fière, juste et vivante » menée par Jeanne Barseghian (écologistes, insoumis, communistes, socialistes dissident·e·s, Debout !, l’Après, Générations.s, Alternative Alsacienne, animalistes et citoyen·ne·s) et soutenu par le Mouvement des Jeunes Communistes fédération Bas-Rhin (JC67), et enfin la liste « Pour Strasbourg » de Catherine Trautmann (PS-Horizons). Sur le papier, cette dernière affichait un programme de gauche modéré, mais ses actes et son discours relevaient au mieux du centre droit.

C’est finalement cette dernière qui l’a emportée avec 37 % des voix, devançant la liste d’union de la gauche qui réalise 31,70 % des suffrages exprimés, elle-même talonnée par la droite de Jean-Philippe Vetter. Comme souvent dans ce type de scrutin, les grands gagnants restent les abstentionnistes, avec un taux global avoisinant les 40 % à Strasbourg, bien que le second tour ait enregistré une légère hausse de la mobilisation de près de 2 points par rapport au premier tour. Cette remobilisation s’est toutefois faite de manière inégale : ce sont principalement les quartiers aisés strasbourgeois qui se sont déplacés, probablement motivés par un vote de rejet, comme en témoignent les bureaux de vote ayant placé Trautmann en tête.

Une campagne marquée par la confusion et le vote utile

Crédit @anouchka.photographie

Du côté de la liste d’union de la gauche (écologistes, citoyen·ne·s, communistes, Place Publique…), nous avons mené une campagne honnête, fondée sur des propositions concrètes pour la justice sociale et l’écologie. Sans nier les erreurs du passé, nous avons défendu un bilan globalement positif, surtout au vu de l’immensité du travail de réparation qu’il a fallu mener pendant six ans après les catastrophiques mandats socialistes précédents. Notamment grâce au travail des communistes, le rassemblement élargi autour de Jeanne Barseghian proposait un programme encore plus ancré à gauche que celui qui a gagné la confiance des Strasbourgeois·es en 2020, et ce même avant la fusion avec la France Insoumise 

En face, Catherine Trautmann a joué sur la confusion lors du second tour. En s’alliant avec des candidats issus du bloc présidentiel et de sa composante la plus à droite, Horizons (représenté par Jakubowicz à Strasbourg, qui a à peine franchi la barre des 5 % au premier tour), elle a construit une coalition hétéroclite rassemblant diverses sensibilités de droite et du centre, tout en maintenant un discours se revendiquant de la social-démocratie historique. Cette stratégie a porté ses fruits. Elle lui a permis de capter les voix d’une partie de la population authentiquement de gauche, n’ayant en tête que son passé socialiste glorieux et non la Trautmann d’aujourd’hui, bouffie d’ego et d’opportunisme, prête aux discours les plus crasses et aux polémiques les plus stériles pour arriver à ses fins.

Alors que Vetter et Trautmann ont activement joué la carte du « barrage », d’abord contre une mairie accusée pendant six ans de « dogme », d’« idéologie » et de « bâillonnement » des oppositions, ils y ont ajouté lors du second tour le discours national ambiant réactionnaire visant à faire barrage à la France Insoumise. Au point que Julien Odoul, député RN, a explicitement appelé à voter Trautmann pour bloquer notre union. La candidate socialiste est ainsi parvenue à ses fins après des années à vouloir reconquérir son trône et Strasbourg, qu’elle considère comme sa propriété privée.

Alors qu’on s’attendait à un second tour très serré, il n’en a rien été. Trautmann a su largement élargir sa base électorale, allant bien au-delà des 4 407 voix apportées par ses alliés macronistes, pour aller chercher 6 068 nouvelles voix. Elle réalise ainsi un bond spectaculaire de près de 10 000 voix entre le premier et le second tour, sûrement en captant un électorat modéré effrayé par l’étiquette « insoumise », mais aussi les voix de listes plus petites comme « Strasbourg sans frontières » et quelques transfuges du RN voulant faire barrage.

Une ville coupée en deux : quartiers populaires vs bastions bourgeois

L’analyse de la cartographie électorale est sans appel. Si la liste « Strasbourg fière, juste et vivante » que nous avons soutenu n’a pas réussi à convaincre au-delà de son socle électoral du premier tour — soit 17 031 voix pour Barseghian et 10 392 voix pour LFI, atteignant les 28 160 voix au second tour —, elle reste néanmoins l’espoir et le premier choix des quartiers populaires (Neuhof, Hautepierre, Koenigshoffen), qui ont placé notre liste d’union en tête dans de nombreux bureaux de vote. À l’inverse, la victoire de Catherine Trautmann repose massivement sur la mobilisation des quartiers aisés, votant moins par adhésion à son projet que par crainte de voir la gauche accéder à nouveau au pouvoir.

C’est donc bien un retour du vieux monde à Strasbourg, car au-delà de Trautmann, on retrouve toute la clique de l’ancien maire socialiste Roland Ries (1997-2008 et 2008-2020), notamment des noms problématiques comme Mathieu Cahn et Pernelle Richardot.

Ce scrutin confirme que Strasbourg rejette massivement le RN malgré la violence fasciste qu’on pu subir des candidat.es et ses idées, ainsi que la droite réactionnaire de Jean-Philippe Vetter. Les deux listes se revendiquant de la gauche (la nôtre et celle du PS) arrivent en tête du scrutin, prouvant que les Strasbourgeoises et Strasbourgeois ont le cœur à gauche. Cependant, la vraie gauche unie a fait l’objet d’un rejet médiatique pendant des années. Au fil de l’actualité, nous avons subi menaces et insultes ; notre local, comme celui de la FI, a été tagué. Ce climat a profité à une candidate qui a su rassembler tout le spectre anti-LFI, du centre-droit à la gauche molle, avec un discours contre les « extrêmes ».

Un système électoral qui fausse la représentativité

Le résultat en sièges illustre cruellement les limites du scrutin majoritaire à deux tours avec prime au vainqueur. Alors que la liste d’union, sur laquelle les communistes étaient pleinement engagés, remporte 10 élu·e·s (dont Germain Mignot, candidat présenté par le PCF), et que Vetter   en décroche autant, la prime de 50 % accordée à la liste arrivée en tête permet à Catherine Trautmann de décrocher 45 sièges. Il est aussi probable que Trautmann sabre les moyens des oppositions, à l’inverse de ce que Barseghian avait permis lors du précédent mandat.

C’est la preuve d’un système qui, sous couvert de stabilité, concentre excessivement le pouvoir entre les mains d’une seule personne et de sa majorité, laissant peu de place à une opposition pourtant représentative d’un tiers de la ville. Malgré tout, cette campagne aura démontré que l’union de la gauche, quand elle est sincère et programmatique, répond à une demande populaire forte. Face à la droite et à l’extrême droite, nous avons su être responsables pour construire un projet commun. Le combat pour une Strasbourg juste, écologique et solidaire continue, tant dans l’hémicycle que dans la rue.

Une dynamique nationale défavorable

À un an de la présidentielle, chaque résultat est un test et fait l’objet de mille et une analyses. Plus que jamais, ces municipales ont été nationalisées. Le RN avait son plan pour s’implanter, qui fut une réussite partielle. LFI voulait s’implanter dans des élections qu’elle a enjambé en 2020, tandis que le PS cherchait à s’affirmer comme la seule force de gauche capable de faire face à LFI.

Résultat : selon les uns, le PS a perdu ; selon les autres, c’est LFI qui a perdu. Mais dans les faits, c’est la gauche dans son ensemble qui y a perdu. En effet, si le camp du progrès s’est globalement maintenu à l’échelle nationale, il n’est pas parvenu à progresser malgré la colère sociale, car ces deux grandes forces n’ont fait que jouer au jeu de la division à gauche, laissant ainsi plus de place à la droite. Le combat d’une partie de la gauche s’est uniquement fait contre la gauche elle-même, alors même que tout le monde prétend mener le combat antifasciste.

Cependant, les bons résultats de LFI et du PCF nous laissent espérer des victoires de la gauche radicale à l’avenir.

Ne nous y trompons pas : ici comme en France, ce n’est pas seulement LFI qui est attaquée, c’est l’ensemble de la gauche progressiste. Si LFI a pu faire perdre des élections, ce n’est pas entièrement de son fait, mais surtout de celui des discours réactionnaires qui laissent la place aux fascistes. Ces derniers constituent le vrai danger pour la démocratie et le vrai poison pour la classe ouvrière, car derrière le fascisme, il y a les capitalistes.

Auteur :

Anatole JOCHEM ARRIVAULT

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